essai, 1960, réédité chez du Jour en 1974 et chez Lux en 2002


 

Couverture de l'édition de 2002

 

Commentaires sur le Journal d'un inquisiteur.

On n'aime jamais lire les Prophètes : ils paraissent toujours annoncer le pire. Mais vient un moment, quand, justement, les lendemains supposés radieux sont passés et qu'ils ont été un peu décevants où il importe de les reprendre et de les méditer un peu. Le prophète vit dans une autre temporalité, jamais "à la mode" ; son inquiétude est pourtant susceptible de nous réclamer au-delà de la différence des temps.

Gilles Labelle, extrait de la préface


Une autopsie impitoyable, excessive et flamboyante de la société québécoise.

André Major, Livres et Auteurs québécois


Le Journal d'un inquisiteur de Gilles Leclerc, massif, pessimiste, contradictoire, est douloureusement lucide, emporté contre la prudence médiocre, l'autorité idole.

Laurent Mailhot, La littérature québécoise


Tous ceux qui ont écrit de 1950 à 1970 sur le Québec n'ont rien dit de plus que ce qui est dit dans ce Journal.

François Ricard, Études françaises


Un tas d'idées qui me forcent moi-même à m'interroger, à remettre en question le bon sens lui-même, le sens commun, les jugements les plus acquis, les faits les plus rassurants...

Gaston Miron, lettre à Gilles Leclerc, 3 juin 1960

 

Couverture de l'édition de 1960

 

Couverture de l'édition de 1974

 

Extraits du Journal d'un inquisiteur.
 

"Politiquement, les Canadiens français étaient et sont encore des vaincus ; tout le confirme, surtout les démentis tragi-comiques tombant des hauts lieux comme une foudre. Intellectuellement cependant, ils auraient pu, ils auraient dû être des vainqueurs. Être les vainqueurs ! Mais ils ont manqué de courage et surtout d'honnêteté." (p. 89)


"Justement, je décèle une bien curieuse consanguinité entre l'inquisition et l'orthodoxie; l'une est soeur jumelle de l'autre; à certaines époques, elles ne font qu'une seule et même personne. C'est que l'orthodoxie doit son premier devoir à la cohérence du système qui la sous-tend et que cette mécanique en mouvement écrase les obstacles sur sa route; c'est logique et nauséeux à la fois." (p. 116)


"La liberté est un orgueil essentiel, une composante de la nature humaine. Être, c'est être libre. L'existence est liberté. La notion de liberté rend celle du pouvoir précaire, secondaire même, la première répondant à une nécessité spirituelle, l'autre, à un symptôme de mécanique. La liberté est donc supérieure et antécédente à la loi, d'où l'effarement plébéien de toute autorité à la seule musique immortelle du mot liberté." (p. 133-134)


"Toute autorité est souverainement méprisable qui ne fournit pas, hic et nunc, à ses subordonnés tous les moyens de se passer d'elle. La liberté a de tous temps été le baromètre de la bonne foi de toute autorité. Si un peuple veut mesurer le degré de respect qu'il doit aux hiérarchies qui l'enseignent et administrent ses impôts, il n'a qu'à mesurer le degré de liberté qu'elles lui octroient ou, surtout, le degré de liberté où elles l'empêchent d'accéder !" (172-173)


"[...] le citoyen, l'homme-vermine comme le baptisait Nietzsche, prend sa revanche sur les hiérarchies ; il achève de les avilir en leur imposant ses normes intellectuelles et métaphysiques, des anti-normes. La montée volcanique de la vulgarité dans l'univers est significative à ce propos. Québec n'est pas épargné ; je digère plutôt mal sa fierté pharisaïque." (p. 218-219)

Aussi disponible en librairie.